Dans le langage courant, communiquer signifie souvent « informer », « expliquer » ou « faire passer un message ». Pourtant, pour Bernard Dagenais, figure majeure des sciences de la communication, cette définition est largement insuffisante. Dans son ouvrage Communiquer ou l’art de convaincre, il défend une idée forte : toute communication est fondamentalement un acte de persuasion. Autrement dit, communiquer, ce n’est jamais être neutre ; c’est toujours chercher à influencer.
Bernard Dagenais et sa vision de la communication
Professeur à l’Université Laval, Bernard Dagenais a consacré une grande partie de ses travaux à l’analyse des discours publics, politiques et institutionnels. Sa réflexion s’inscrit dans une approche stratégique de la communication, loin des modèles simplistes de transmission d’informations.
Pour lui, un message n’existe jamais en dehors d’une intention. Dès lors qu’un individu ou une organisation communique, il poursuit un objectif précis : convaincre, rassurer, mobiliser, légitimer ou encore justifier une action. La communication devient alors un outil de pouvoir symbolique.
La communication comme stratégie, pas comme simple échange
Selon Dagenais, communiquer revient à faire des choix : choisir ce que l’on dit, ce que l’on tait, comment on le dit et à qui on s’adresse. Ces choix ne sont jamais anodins. Ils relèvent d’une véritable stratégie.
Prenons l’exemple de la communication institutionnelle. Lorsqu’une administration publique annonce une réforme, elle ne se contente pas d’en présenter les aspects techniques. Elle construit un discours destiné à faire accepter la décision, à en souligner les bénéfices et à atténuer les résistances. Le vocabulaire employé, le ton, le moment de la prise de parole et les supports utilisés participent tous à cette stratégie de conviction.
Ainsi, pour Dagenais, la communication est toujours orientée vers un effet recherché sur le récepteur.
Convaincre ne signifie pas seulement argumenter
L’un des points essentiels de la pensée de Dagenais est que la persuasion ne repose pas uniquement sur la logique ou les faits. Certes, les arguments rationnels sont importants, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à convaincre.
La communication efficace mobilise également l’émotion, les symboles et les valeurs partagées. Dans les médias, par exemple, la manière dont une information est racontée influence fortement la perception du public. Une même réalité peut susciter l’adhésion, l’indignation ou l’indifférence selon le récit qui l’accompagne.
Dans le domaine des relations publiques, les organisations l’ont bien compris. En situation de crise, elles ne cherchent pas seulement à prouver qu’elles ont raison, mais à montrer qu’elles comprennent les inquiétudes, qu’elles assument leurs responsabilités et qu’elles méritent la confiance du public.
L’importance de la crédibilité et du public
Pour Bernard Dagenais, la force d’un message dépend aussi de celui qui le porte. La crédibilité de l’émetteur est un facteur déterminant. Un discours sera d’autant plus convaincant que la source est perçue comme légitime, compétente ou digne de confiance.
Mais le récepteur joue également un rôle central. Il n’est jamais passif. Il interprète le message à partir de son contexte culturel, de ses croyances et de ses expériences personnelles. C’est pourquoi une communication persuasive efficace est toujours adaptée à son public.
Dans la communication politique, par exemple, un même message peut être reformulé différemment selon qu’il s’adresse à des jeunes, à des entrepreneurs ou à des populations rurales. Convaincre, c’est avant tout comprendre son auditoire.
Une vision toujours actuelle de la communication
La pensée de Bernard Dagenais reste particulièrement pertinente à l’ère du numérique. Réseaux sociaux, communication d’influence, storytelling, marketing politique : jamais les stratégies de persuasion n’ont été aussi visibles et aussi sophistiquées.
Si cette approche soulève des questions éthiques notamment sur la frontière entre convaincre et manipuler elle a le mérite de rappeler une vérité essentielle : la communication n’est jamais innocente. En prendre conscience, c’est déjà se donner les moyens de mieux analyser les discours qui nous entourent, mais aussi de communiquer de manière plus responsable.
En définitive, comprendre la communication comme un art de convaincre, c’est reconnaître son pouvoir, ses enjeux et sa responsabilité dans la construction de l’opinion et du sens collectif.











